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ORGUE À
VENT : UN INSTRUMENT DALIRANT !
Au
sommet d'un château-fort en ruines dominant la plaine de Catalogne, un
"orgue de la tramontane" alimenté par le souffle du vent va voir le jour
en septembre 2004 pour fêter le centenaire de Salvador Dali, le génie du
surréalisme à l'origine de cette idée...
Utopie délirante de
Dali
Deux ans d'études ont été nécessaires aux ingénieurs de
l'université Ramon Llull de Barcelone pour conclure à la faisabilité de
cet instrument unique au monde, dont deux prototypes ont déjà été testés
avec succès en soufflerie. "Nous allons construire le premier orgue
surréaliste de l'histoire!" s'enthousiasme Josep Puig, porte-parole des
trois entrepreneurs de l'Ampurdan, la région natale de Dali, qui ont réuni
un million d'euros pour rendre réel ce fantasme musical pour le moins
délirant.
C'est à la fin des années 1970 que Dali
(1904-1989) avait lancé l'idée d'un orgue géant alimenté par les rafales
de vent. L'artiste voulait que les concerts d'orgue puissent être écoutés
de loin par les habitants de l'Ampurdan les jours où soufflerait la
tramontane, le furieux vent du nord auquel les habitants de la région
prêtent le pouvoir de rendre fou.
"Dali était obsédé par la
tramontane. Mais son idée d'orgue se heurtait à des difficultés techniques
comme l'irrégularité du vent", explique M. Puig. Pour surmonter le
problème, l'équipe d'ingénieurs a mis au point un "accumulateur de vent":
la tramontane s'engouffrera dans l'orgue par une sorte d'entonnoir, puis
sera canalisée dans un régulateur de pression avant d'être distribuée dans
les quelque 500 tubes de l'instrument. L'organiste pourra ainsi jouer sans
être gêné dans son élan par les variations d'intensité du vent. Mais
l'orgue pourra aussi fonctionner tout seul, au gré des caprices de la
tramontane.
Enfin, un système de ventilateurs est prévu pour les
jours de calme plat. Dans tous les cas de figure, les sons seront
sensiblement différents de ceux d'un orgue classique ou baroque. Restait à
trouver le lieu idéal pour implanter l'instrument. Les entrepreneurs ont
donc acheté le château-fort de Quermanço, une forteresse en ruines du 10e
siècle dans le village de Vilajuïga, près de Figueras. Perché au sommet
d'une butte et jouissant d'un superbe panorama sur la Méditerranée et les
Pyrénées, ce château a le double mérite d'être fortement exposé à la
tramontane et d'avoir été un des lieux favoris de Salvador
Dali.

Le
peintre avait même essayé de l'acquérir pour l'offrir à son épouse, Gala.
Il envisageait de faire garder les lieux par un rhinocéros domestique, un
voeu que les promoteurs de l'orgue ont d'ailleurs l'intention d'exaucer.
"Dali aimait ce château parce que les couchers de soleil y sont
magnifiques, et parce qu'il est entouré de nombreuses légendes qui
évoquent des sorcières ou des trésors cachés", raconte M. Puig. "En plus
de l'orgue, nous comptons installer ici un grand centre culturel dédié au
peuple de l'Ampurdan".
Les travaux de restauration de la
forteresse, transformée en dépôt de munitions par les troupes de Napoléon
qui la firent exploser en 1814, devraient débuter d'ici la fin de l'été.
Installé en plein air, l'orgue nécessitera des matériaux particulièrement
résistants pour ne pas être endommagé par les intempéries et les oiseaux.
Il sera fabriqué par le luthier Albert Blancafort, déjà auteur des orgues
de la célèbre abbaye catalane de Montserrat. De son côté, un organiste
allemand, Wolfgang Seifen, travaille sur des partitions spécialement
destinées à l'orgue de la tramontane, dont il devrait être le premier à
jouer lors du concert inaugural, le 16 septembre 2004.
© 2003 AFP /
AP
 Le château de
Quermanço, en Catalogne
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